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Les grandes jorasses et la Manitua connexion

Septembre, 2010

au pied du mur...

Je dédie le récit de ce voyage à tous mes amis pour partager ces quelques instants si bon, et si rare.

Tout a commencé en aout 2009 lorsque mon ami Ferran me parla de Manitua. C'était son projet de 10 années auparavant. Il avait recoupé des informations sur toutes les répétitions, slovènes, russes, françaises et belges. En fait cette voie il l'avait déjà en projet alors qu'elle n'avait connu encore aucune répétition. Au cours de l'été 2009 nous avions souhaiter y aller, mais à cause des indisponibilités de mon ami catalan et de la fatigue accumulé pendant l'été nous nous sommes retrouvé sur un autre projet au Cervin : la voie Padre Pio Prega Per Tutti ou il pria pour nous ce jour là.

2010, année difficile. Cette année ce fut une année difficile pour moi et les amis qui m'ont suivi sur les objectifs, c'est un hiver inscrit dans l'échec, pour ma part avec des buts à répétition dans les grandes parois durant l'hiver, gelures, conditions difficiles ; et résultat 4 mois de merde les pieds dans des tongs. Enfin voilà la lumière qui revient avec le printemps et la prise de confiance en soi ; Taghia, Presles, les couennes d'altitudes avec l'ENAM c'est bon ça.

Puis passer 5 semaines à l'ENSA pendant l'été n'aide pas au progrès en escalade à part au désœuvrement dans l'alcoolisme et à l'engraissement au magnum, 5 semaines fabuleuses quand même. Après l'école est venu le moment des vacances à la montagnes avec Ferran… Il savait que ce projet reviendrai au goût du jour, la motivation plus forte ainsi que le nouveau topo un peu plus précis des français du GMHM.

Durant la période de grand beau de juillet, Frederic Gentet et Stephane Roguet avaient enchainé la voie en libre. Performance remarquable pour une voie de cette difficulté. Sûrement techniquement l'une des plus difficiles des Grandes Jorasses. Où l'équipement est rare, les difficultés sont soutenues dans le 6c et une longueur d'artif en A3. Parmi tout cela on rajoute des sections mixtes dans le bas et dans le haut sur un croz réfractaire.

La décision de partir à cette voie fut choisie lorsque qu'une fenêtre météo de 2 jours s'ouvra à nous entre deux perturbations. Je dirais pas évident… mais l'envie est trop forte comme dans la chanson de Hermane Düne « Lovers are waterproof » et je dirais The most beautiful women I have seen…. ou Try to think about me… comprendrons les proches connaisseurs.

Le créneau est court. Il va falloir expérience, rapidité, efficacité et volonté si on veut faire un maximum de libre dans cette voie aux cotations annoncées : 7a+ trad.
Le départ fut sous un grand soleil. En altitude les nuages défilent à vive allure sur les hauts sommets. Le Montenvers comme d'habitude à la première fournée est remplis d'alpins. Je croise mon ami Meynet du chablais, ça discute, il me demande ce que je vais faire. Et comme d'habitude pour moi dans un certain malaise j'ai des difficultés au fond de moi-même à parler de notre projet. J'ai peur de l'échec je n'aime pas en parler, à chaque fois que j'ai largement annoncé à mes amis mes projets j'y ai eu un échec. Alpiniste superstitieux ? Je n'y crois pas mais quand même étrange… Je préfère garder les choses pour moi par pudeur et ne veux pas rentrer dans le jeu de nombreuses grandes gueules alpines. Après tout, je fais de la montagne pour moi et pas pour les autres. La reconnaissance sociale ça fait du bien mais des fois il faut l'éviter car ça rend con. Comme pour quelques alpins du milieu. Les amis remettez moi dans mes bottes si un jour je crains.

Motivation intrinsèque vous connaissez ? C'est un concept largement utilisé dans le milieu de l'éducation physique et sportive où l'élève agit selon des motivations extérieures à l’appât du gain, pour la note, enfin là je dévie du sujet… Ce que j'aime c'est être immergé dans cet élément sans contrainte extérieur et là j'arrive à donner et être le meilleur de moi-même dans ce que je fais. Souvent le retour à la vie sociale est difficile et marqué par une volonté de faire la fête ainsi qu'une légère tombée dans les pintes de bières (pour mon ami Robin ce sera le Coca).

L'approche se fera sous un limpide ciel bleu, la montagne est belle et que la vie est belle! Avec Ferran ça roule tranquille vers les Jorasses. La ligne d'attaque ce fera dans l'axe de la pente des goulottes Mc Intyre, puis bifurquera vers la droite vers la Bonatti Vaucher et No Siesta pour rejoindre le couloir du Croz, sec et peu enneigé dans un mixte pourri.

Eh bien pour contredire tous ces amis qui me disaient que ça craignait le socle, je leur répondrai : je ne sais pas ! Comme à la directe US aux Drus. Je dirai tout dépend des conditions du moment, si il y a de la neige et glace dans le haut c'est OK et isotherme relativement haut ou bas au choix 3800/4200 m sur de pas trop longues périodes. Chance et opportunisme sont important pour l'alpin même si la chance, il ne faut pas compter dessus ! On n’a pas vu de parpaing rouler, seulement des petits galets sur la neige qui peuvent quand même faire mal. Dans le mur suivra de fabuleuses longueurs d'escalade engagée dont une première en 6c qui est engagée car là, la chute peut y être regrettable. Tout roule en 6b/6c jusqu'au bivouac écaille.

La nuit sera bonne malgré l'exploration de toutes les positions du Kamasutra avec Ferran. Le lendemain la suite s'annonce plus difficile car le toit en 7a+ coule de flotte et est péteux. J'ai peur de partir avec des rochers sur Ferran enfin je tire sur 3 friends sous le toit et repars en mode énervé d'avoir raté le toit mais bon c'est la life ! Ensuite tout s'enchaîne en libre même les 7a+/b, mon ami Ferran aura quelques difficultés dans les libres difficile et utilisera quelques points d'aide. Dans la longueur d'A3, en grand artificier catalan, il grimpera avec aisance. D'ailleurs il a beaucoup d'interrogations sur le passage sur crochet gouttes d'eau qui est un trou foré récemment (il y avait du sable de granit récent dedans) alors que l'éthique catalane interdit le forage de trou pour les gouttes d'eau. Chez lui, à Montserrat, ça n'existe pas, et ce spit petzl au relais du tout français ? Enfin selon lui l'éthique c'est important, et l'utilisation de spits en montagne c'est interdit ! Il n'emmènera jamais de tamponnoir dans le fond de son sac. Il mène l'enquête….

S'ensuit la sortie sur cet éperon Croz si complexe dans le haut. Il est 3 heures du matin à deux longueurs du sommet. On est sorti sur le névé du Croz à 18h. Le vent a forci pendant la nuit, et le ciel devient mauvais avec quelques grosses rafales. On se tourne vers Annecy et les orages pètent là bas au loin. Là où on est dans la face il faut sortir par le haut de tout façon. On tire des longueurs pour être safe dans ce terrain délicat et péteux, c'est lent! De 3 heures à 5 heures la neige tombe, on ne comprend rien, le topo parle de 5c/6a on est au pied de goulottes mixtes. On se perd à 3 reprises sur des réchappes dans les murs raides au dessus des goulottes. Il fallait utiliser celles-ci, mais avec un piolet alu et 2 broches en poches ça ne donne pas envie de s'y engager. Ca c'est l'alpine style à la catalane, fabuleux en légèreté mais avec très peu de marge. On sort de ces goulottes à la brèche sous un temps peu évident très venteux et neigeux. L'ami Dimitry appelle pour les nouvelles, on entame la descente en 6 rappels….


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