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Décembre 2012 - Face Sud de l'Aconcagua- Voie Française - Mémoire

“Every great dream begins with a dreamer. Always remember, you have within you the strength, the patience, and the passion to reach for the stars to change the world.Harriet Tubman

 

 

 

Salut, voici un récit de notre expédition à la face Sud de l'Aconcagua. Celui-ci peut paraitre un peu long. Il est long car je préfère raconter cette histoire qu'uniquement la bloguer. Dans ce récit j'ai éssayé de retracer notre expédition. En dehors de l'unique ascension de la face sud qui est notre performance personnelle, ce fut une expérience en amérique latine qui mérite son histoire.

 

Emergence

 

Six mois en arrière au téléphone :

"J'irai bien a la face sud de l'Aconcagua."

"T'es sur ? C'est immense cette face. - puis il y a d'énormes séracs, et c'est haut, presque 7000m. - Quelle voie veux-tu grimper là bas?"

"La voie yougslave de 1982"

"Ok Rob, je vais regarder tout ça de mon côté et je te dis si oui ou non, ton projet me motive"

 

C'était il y a 6 mois…

Lorsque Robin Revest me parla de cette montagne de 6962m, je ne pu m'empêcher de penser à son immense face sud de 2500m de haut, un énorme rempart de 3km de long qui ferme la vallée Horcones où s'écoule le long glacier éponyme. Cette montagne, vue depuis la vallée ne ressemble pas à un pic mais à une muraille tranchée par deux barres de séracs de près de 100m de haut. La face est ainsi scindée en 3 parties distinctes et j'avais en mémoire ces photos terrifiantes d'énormes avalanches balayant la face sud.

C'est donc des frissons dans le dos que je raccroche mon telephone à la fois excité par la dimension de ce projet, mais aussi par la peur d'aller dans une si grande face, haute perchée en altitude , dangereuse où de nombreux gadgos y ont laissé la peaux.

Puis viennent de nombreuses interrogations qui m'auront travaillé tout au long de la préparation. C'est notre première expédition en haute altitude. Comment notre corps va réagir au pays de l'oxygène rare ? C'est la première fois que nous allons dans une face d’une telle ampleur… Sommes nous suffisement expérimentés pour aller jouer dans la voie Slovène 1982.

A mon goût, nous sommes un peu ambitieux, mais le projet me plait. C'est radicalement différent de mes envies initiales de voyage. Je souhaitais découvrir les montagnes himalayennes du nord Sikkim, ce pays merveilleux, haut en couleurs, aux cultures et paysages qui laissent rêveur.

 

Puente del Inca porte d'entrée sur le parc national de l'Aconcagua.

  

L'Aconcagua et sa voie normale, c'est une grande et classique course sur le plus haut sommet du continent américain, que les trekkeurs du monde entier viennent gravir. En effet, pour aller toucher les hauts horizons Argentins, il faut se hisser sur les sentiers caillouteux de la sentinelle rouge au rythme de 400 m / jour . Avec une bonne condition physique, et une bonne acclimatation vous aurez le droit de resentir l'ivresse de la haute altitude, là où les sentiments, les émotions sont exacerbés, sentir ses limites physiologiques, mais aussi subir les éléments naturels qui sont plus forst, plus intenses, les vents violents venant du pacifique "viento blanco" ravageant tout sur leur passage, le soleil qui brûle les organismes, l'air assechant la gorge, le ciel d'un bleu limpide et lumineux, les nuits très froides sous des milliers d'étoiles, et les journées brûlantes à en finir sec au soleil.

 

Puente del Inca, terre aride

 

  

Après quelques recherches à la bibliothèque de l'ENSA et sur internet, il est évident que la voie Yougoslave de 1982 est un chef d'oeuvre de l'alpinisme. Cette superbe face sud, haute de 2500 m, a été ouverte en 9 jours, en style alpin, par les frères Podgornik (Pavel et Peter), Zlatko Gantar, et Ivan Rejc.

Les récits de ces derniers montrent que leur performance est exceptionnelle et qu'ils ont poussé l'engagement à son paroxysme.

Dans cette face, parmi les quelques voies et variantes ouvertes, il y a trois voies extraodinaires :

 

Chacune de ces voies représentent trois alpinismes, trois periodes, trois styles différents lors de leur ouverture, où quelques uns des meilleurs alpinistes de la période se sont exprimés en tracant leur ligne sur cette face.

 Les quelques histoires et récits des ascensions de la face sud sont émouvants, et imposent le respect et montrent la dimension du projet que nous souhaitons réaliser, nous confronter. Les auteurs de ces ascensions mentionnent souvent la médiocre qualité du rocher semblable à du gravier s'éffritant, l'exposition, l'engagement des voies, les avalanches de séracs et de neige, les chutes de pierre, les changements brusque de météo, les vents violents, les gelures, la mort... certains s'y sont vu mourir, d'autres y ont péri. A en lire les récits et écouter les différentes expériences des quelques français qui y sont allés, cette face prend des allures de champ de bataille.

 

L'éperon des slovène sur la gauche, à la droite du couloir centrale, l'éperon des Français, immense Face Sud.

 

 

C'est la trouille au ventre que je ressasse dans ma tête toute cette littérature alpine peu réjouissante. Cette paroi sud suscite la peur à juste titre, j'avais demandé à de nombreux copains du milieu alpinistique si cette paroi les motivait et aucun ne semblait emballé à l'idée de grimper cette face. Toutes les personnes que nous avons rencontrées sur notre passage en Argentine nous ont pris pour des "loco". Avec Robin, fidèle compagnon de cordée, de galères, de moments de doute, de joie, de peine, nous sommes deux joyeux drilles légèrement cintrés et nous nous retrouvons sur ce même chemin respectif qu'est la face sud de l'Aconcagua.

 

Avalanche sur la Face Sud.

 

 

Qu’allons-nous chercher là-haut ? Peut-être que nos motivations sont autres que la réussite d’un sommet et d’une voie mythique, peut être que nous avons des choses à aller chercher là-en ces lieux. Cela appartient à notre histoire....

 

Après tout on ne va pas là-haut pour y laisser notre peau ! On y va pour ressentir des choses que l'on ne ressent nul par ailleurs, vivre des expériences, des émotions hors du commun, juste parce que là-haut c'est canon, exceptionnel. Faites-moi confiance, je vous le promets : là-haut, il se passe des expériences les plus intenses que l'on ne puisse retrouver nul par ailleurs.

  

Préparation

 

Je me souviens aussi de cette phrase que nous avait dit Alexis Mallon au cours d'une discussion concernant l'Avalanche du Manaslu "Il y a des moments dans sa vie où on est prêt à accepter plus de risques, et à d'autre moments moins. C'est une histoire de positionnement du curseur" Cette phrase approximative je l'avais gardé en tête.... Quand on s'engage dans ce type de projet, il est évident qu'il faut savoir pourquoi on y va. Jusqu'où j’allais placer mon curseur? Celui de Robin? Depuis quelques temps, chez moi, il était haut sur l’échelle de risque. Peut-être un peu moins haut pour Robin s'engageant dans une nouvelle relation. Malgré mes envies d’engagement, c'est avec beaucoup d'humilité que j'ai abordé ce projet. La voie Slovène est un sacré morceau d'alpinisme. C'est ambitieux, c’est immense, démesuré, difficile avec des parties en glace à 90°, des cotations rocheuses jusque 5+/6a, et de l'escalade artificiel en A3+, le tout à très haute altitude… C’est un cocktail détonnant de difficultés.

Les ouvreurs ont mis 9 jours pour rallier le sommet, ont essuyé des tempêtes dans la face, des avalanches et des "rock falls injuries" (ont été blessés lors de chutes de pierres). Le projet est très engagé, difficile. Il faut le prendre avec beaucoup de sérieux et de préparation. Avec Robin Revest, nous nous connaissons très bien, nous avons réalisé ensemble de belles et difficiles ascensions( aux Jorasses, au Pelvoux, au pic sans Nom). nous avons vécu des moments délicats, de doute, de faiblesse, des situations dangereuses et avons appris à gérer des situations compliquées, ... Avec ce grand ami, nous élaborons un programme d'entrainement : beaucoup de course à pied, des ascensions dans les Alpes orientées sur les difficultés que nous allons rencontrer à l'Aconcagua afin de nous préparer physiquement et psychologiquement. Nous réalisons, en France, deux courses mixte de haute montagne, ainsi qu’une voie d'escalade artificielle, et nous grimpons beaucoup. Les préparatifs sont minutieux sur la voie, le matériel nécessaire, la nourriture, la stratégie... Il aura fallu six mois de préparation  entre le moment où l’idée du projet a germé dans nos esprits et la réalisation de celui-ci.

 

Durant les deux derniers mois avant le départ j'avais couru près de 500km, j’avais réalisé de belles escalades à travers la France telles que "La Fourastié" à l'Ailefroide, ou encore "beyond the good and the evil" à l'aiguille des Pélerins, et "ne te penche pas trop, laisse un peu mesurer les autres" à la Concave.... Le retour de cette belle brune dans mon univers qui ne me laisse pas indifférent avant le départ.

 

L'Argentine pays aux formes arrondies et surtout pas carrées

 

Nous décollons le 27 novembre 2012 au matin de l'aéroport d'Orly à destination de Barcelone, Buenos Aires, et Mendoza. La première sensation en argentine est plutôt positive. Mendoza c'est une grande ville semblable à Grenoble perdue au milieu de la pampa, ce désert Argentin, au pied de la géante Cordillera Andine qui s'étendant sur près de 7100km de long du nord au sud. La capitale du vin argentin est un oasis irrigué par les rivières provenant des hautes montagnes des Andes. La Cordillera Andine traverse le Venezuela, la Colombie, l’Equateur, le Pérou, la Bolivie, le Chili et l'Argentine. Au nord ce sont les forêts tropicales, au sud c'est la Patagonie terra incognita et ses immenses glaciers d'où émergent de fabuleuses aiguilles de granite telles que les Torres Del Paine, le Fitz Roy, le Cerro Torre... Montagnes célèbres pour les alpinistes qui rêvent de s’essayer à ces belles parois de légende.

Mendoza se trouve au pied de ce que la cordillère andine a donné de plus haut et de plus gros : "l'Aconcagua" et sa massive face sud. Il faut 3h30 de bus à travers les montagnes désertiques sur la route 7 argentine rejoignant le chili pour se rendre à Puente del incas, point d'entrée dans le parc "Aconcagua".

 

Nous ne le savions pas, mais le jour de notre entrée sur la terre Argentine marquera le début de difficultés que nous n'avions pas envisagées lors de la préparation de notre expédition.

Notre première épreuve sera l’obtention du permis pour l'Aconcagua qui est normalement une formalité, puisqu’il suffit de s'affranchir de la modique somme de 400 euros par personne en basse saison. Mais dans notre cas, cela sera bien plus compliqué, relevant presque d’une affaire d’état pour les autorités argentine en charge des parcs nationaux. En effet, nous souhaitons gravir la face Sud, et cette année en 2012 la règlementation a changé suite à un évènement survenu l’année précédente.

En effet, en 2011, deux alpinistes argentins ne se sentant pas à leurn place dans le versant sud, ont demandé à se faire secourir alors que les conditions sur la montagne étaient bonnes et qu'ils n'avaient aucun problème technique. Un important dispositif de secours avait alors a été mis en place, ce qui a engendré le premier secours hélitreuillé dans la face sud à 5500m.

Ce secours a fait la une de la presse argentine, et tout le pays s’est passionné pour la mésaventure des deux alpinistes. Mais la facture de ce secours médiatisé a été lourde, surtout pour l’Argentine qui traverse une grave crise économique. A la suite de cet évènement, les autorités locales ont pris des précautions à l'encontre des alpinistes risquant leur vie au mépris des coûts supplémentaires à assumer par la société.

  

 

Un mauvais dessin de l'Argentine version Mendoza

 

Nous nous heurtons à un mur administratif qui a rendu notre expédition désagréable au point de ne pas aimer la bureaucratie Argentine version Mendoza, à en vouloir rentrer en France. Il nous a fallu des mois de préparation en France, une motivation sans faille, et tout ça pour rencontrer des gens réfractaires à notre projet, et inquiets quant à notre santé mentale, pour eux, nous étions fous de vouloir gravir cette face. Ces personnes, peu connaisseuses du milieu alpin, tentaient vainement de nous dissuader de réaliser ce projet fou, nous disant que c’était dangereux. A chaque fois, nous avons tenté de discuter et de prouver nos compétences, nos connaissances grâce à notre parcours alpinistique. Et d'ailleurs ils y connaissent quoi ces administratifs en Alpinisme? Nous connaissons et acceptons les risques liés à cette activité, nous savons pertinemment qu'en cas de problème nous ne pouvons compter que sur nous-même.

Mendoza ville verte

          

Nous avons rencontré des administratifs, des agences, et personne n'est capable de nous aider pour obtenir ce permis. Personne ne veut prendre de responsabilité concernant notre autorisation de gravir la "pared sur", chaque filtre administratif se rejette la balle brulante pour ne pas avoir à endosser la responsabilité du laisser-passer aux "dos chicos frances ".

Notre séjour à Mendoza commençait à paraitre long. Nous étions dans un hôtel bas de gamme avec des chambres aux allures de taudis. Nos colocataires, la plupart des argentins venus à Mendoza pour travailler, n'avaient pas des allures d'argentins-occidentaux version Buenos Aires. Nos colocataires étaient plutôt des indiens incas d'Argentine parfois avec des mines de repris de justice.  Un soir, dans la rue à côté de l'hôtel, c'est à coup de feu qu'un individu s'est vue régler son compte à jamais… Cependant en dehors de ce mauvais dessin de Mendoza, il y a aussi des personnes sympathiques telles que Roxana qui nous a aidés pour la logistique à Mendoza jusqu'au jour du retour de  Pichilemu après mon Surf trip au chili. Où j'y avais retrouvé mon sac de voyage fouillé dans cet hôtel sordide, puis ce fut un taxi driver argentin qui se la jouait cool et que j’ai failli étriper lors de ma dépose à l’aéroport. ce fut la goutte d'eau faisant déborder le vase. En effet, je savais bien que le coût de ce trajet effectué était de 50 pesos chilien maximum. N'ayant qu'un billet de 100 pesos je le lui ai donné et celui-ci me disant que c'etait 80 pesos, me rend 20 pesos. Puis un gars aux gros bras vint lui serrer la main. Après discussion il m'en rend 30. J'avais envie d'en faire un empanadas de ce chico! Impuissant face à ce type et son pote aux gros biscotos, ma seule défense fut un "malo chico" en réponse à cette injustice. Voilà ce goût amer que j'ai gardé des argentins à Mendoza....

 Achat de Materiel à Mendoza

       

Après une terrible semaine d’âpres négociations, nous obtenons enfin le fameux permis pour aller grimper cette mythique montagne. Néanmoins, les autorités nous demandent de nombreuses garanties, telles qu'avoir 30 000 dollars US sur notre compte en banque, des assurances nous couvrant à grands frais, un plan de secours, le planning de notre ascension, des communications radio 3 fois par jour avec les parc rangers. En clair, ils nous font comprendre que nous sommes en Argentine et qu'il faut se plier à leurs règlementations, nous devons nous soumettre à leurs exigences… A la fin, épuisés par ces négociations, nous étions prêts à aller gravir la montagne sans permis.

 

 

En attendant notre permis nous commencons notre aclimatation sur le Cerro Penitentes 4200m

       

 

Nous traversons une paserelle à l'équilibre précaire.

 

 

Nous pouvons observer la vue magnifique sur l'Aconcagua prise dans son lenticulaire.

 

 

De beaux plateau sommitaux à 4200m.

 

 

 

4200m, sommet du Cerro Penitentes

 

On the way

 

 

Sur la route 7 menant au Chili, les airs du titre "machine gun" de Manu Chao, résonnent dans la voiture, détendus à l'approche de la montagne, l'air andin claquant nos visages . Gabi le gars de l'agence "Inka" nous transportant de la station de ski Penitentes à l'entrée du parc Aconcagua nous demande "you are crazy guys! Have you girl friends?" "no" pour l'un "yes" pour l'autre "And she doesn t worry for you? you are fucking crazy guys! You don't want to come back" Je lui réponds que bien sûr, on reviendra et que l'on connait notre job. Mais en fait lorsque j'ai répondu ça, je n’en savais trop rien. Il nous propose un deal : "If you come back with the south wall, i pay you two big beers! If you come back without the south wall you pay me a big beer" et la troisième alternative? Si nous ne revenons pas? Je ne préfère pas la parier celle-là... Nous quittons notre gadgos à l'entrée du parc avec ces derniers échanges: "take care guys, and enjoy it" réponse : "don't worry, see you soon".

Le camp confluencia à 3200m. Robin le visage marqué apres l'ascension de la face sud

     

 

Nous prenons notre chemin en direction de la face Sud et du premier camp nommé "Confluencia" intersection entre les deux vallées, l'une menant à Plaza Francia et la face sud, l'autre a Plaza des Mulas et la voie normale. Nous remontons ces pénibles sentiers poussiéreux où nous sommes doublés par des mules chargées à bloc, transportant les charges des nombreux randonneurs que nous croisons lors de notre montée. C'est étrange, j’ai un sentiment bizarre lorsque j'arrive à Confluencia – 3500m. Apres cette longue journée, depuis le bus de Mendoza, sur les sentiers du parc, au camp de Confluencia, j'ai l'impression de faire partie de cet énorme business argentin qu'est cette montagne. Ici  j'ai ce sentiment que les gens que je rencontre sont soit des acteurs du fonctionnement du fructueux business, agences, employés d'agences, parc rangers, muletiers, médecins... Soit ceux qui payent ce business. En fait notre aventure n'est qu'une mascarade financière et j'en fais partie, en ayant accepté de payer ce permis à 400 euros.  Mais où est donc passée l'aventure ? Confluencia, c'est un énorme camping où l'on croise des malades de l'altitude, des employés d'agence qui semblent perdus, à côté de leurs chaussures, peut-être à cause du soleil qui tape trop fort, de l'altitude, la fumette...?

Tout cela, dans le fond m’importe peu : nous partons le lendemain pour Plaza francia, pour 15 jours… A nous la tranquillité de la face sud, le silence qui sera uniquement rompu par les fracas de séracs s'effondrant.

 

 

Dures lois de la haute altitude

 

 

A partir du 4 décembre, date à laquelle nous sommes entrés dans le parc, notre expédition à proprement parler aura duré 14 jours. Le 5 décembre 2012 nous sommes à Plaza Francia, nous installons notre camp de base pour 20 jours d'autonomie en haute altitude. La face est somptueuse, gigantesque. L'ambiance du lieu est prenante et nos regards sont sans cesse attirés vers la face, comme aimantés par cette paroi somptueuse et vertigineuse. Le camp de base est encore plus désertique que jamais, à quelques mètres de notre tente coule de l'eau de fonte terreuse à la teinte rougeâtre du sol, les pierres sont rouges, le ciel d'un bleu limpide, le glacier Horcones, recouvert de débris rocheux, est rouge lui aussi. Le seul contraste est apporté par le blanc de la face sud qui parfois se trouve teinté par les tempêtes de "viento blanco" amassant des nuages de poussières.

A l'approche de Plaza Francia. Les mules ont porté nos 180kg de matériel jusque Plaza Francia, notre camp de base pour 15 jours.

   

 

Robin au pied de la Face Sud.

 

Le 6 décembre, nous faisons des repérages, nous allons au pied de la voie Slovène  pour saisir et comprendre la ligne d'ascension des 1ers ascensionnistes, sous les séracs, au pied du couloir central, nous observons avec minutie l'itinéraire, les emplacements de bivouac dans la face, les longueurs clés, les conditions de rocher, neige, glace. Bien sûr, pour nous embêter une fois de plus, à notre retour les Parc Rangers nous attendent au camp de base et nous obligent à descendre à Confluencia pour un checking medical. Merci à eux : la veille nous étions en leur compagnie à Confluencia, mais aucun n’a mentionné ce checking ! 1400M de dénivelé et 18km de marche dans l'après-midi, ca forge le caractère! Mais ça fatigue aussi...

 

La visite médicale et nos visages teinté de la terre rouge que le vent nous à enduit au cours de nos 9km demarche à l'aller.

Robin a vue la lumière

  

 

Le 7 Décembre, nous montons nous acclimater sur le Cerro Mirador, un gros tas de cailloux de 5550m. Le projet est de monter au sommet et d'y dormir 3 nuits consécutives pour acclimater notre corps et favoriser la création de globules rouges. Ce mirador est le sommet parfait pour observer la face sud dans son ensemble. Le 7 au soir nous dormons à 4900m, je suis défoncé par la haute altitude, je fais quelques pas et à chaque fois, j’ai le souffle court, il faut que je m’arrête pour reprendre ma respiration. Et si nous allons trop vite, la tête nous fait défaut et les vertiges se font vite ressentir. Les interminables pierriers du Cerro Mirador sont un « coupe-jambe » parfait. Nous y faisons deux pas pour reculer d’un à chaque fois. Ce jour-là, nous avons fait 700 mètres de dénivelé dans la journée. Cela semble peu pour tout alpiniste ou personne avec entrainement physique, mais c’est déjà trop par rapport aux précautions à prendre en acclimatation. Nous devrions avancer de 400 mètres/jour seulement et le soir nous ressentons le mal des montagnes : fatigue, maux de tête, réflexion difficile.

Montée au camp 1 sur le cerro Mirrador.

 

Robin et La majestueuse face Sud de l'Aconccagua en toile de fond.

 

Notre premier Bivouac sur le Cerro Mirrador

 

 

De la neige pénitente pour faire de l'eau et hydrater les corps s'assechant pendant la  nuit. L'hydratatioon, la base d'une bonne santé cérébral et pulmonaire en haute altitude.

 

 

Le 8 décembre, nous avons atteint le sommet du Mirador : ce sommet à la caractéristique d’être un plateau avec une aiguille qui se déroule vers l'Aconcagua en une ligne de crête. Là-haut, nous prenons notre temps. Nous lisons, mangeons, dormons, faisons fondre de l'eau. Observer la face, penser et toujours penser, à la voie, à la stratégie à adopter, à sa famille, à ses amis, sont nos principales occupations. Refaire le monde, laisser l'esprit divaguer, lire les petits messages de nos amis sur le téléphone satellite, les messages "je pense fort à toi", qui permettent d’adoucir la dureté de l'acclimatation, les messages Météo de Julien Desecures, notre routeur. Cependant, pour moi, la tension monte, le "jour J" arrive.

 

Robin vers le sommet du cerro Mirrador le J2.

 

Depuis 10 jours que nous sommes en Argentine, il fait chaud, très chaud. La voie Slovène se dégrade petit à petit depuis que nous sommes là, les névés perdent du volume, les cascades de glace se réduisent. Robin avait l'air aussi tendu, car nous sommes là, impuissants face à l'envie d'aller grimper. Nous sommes obligés d'attendre que nos corps soient prêts. Si nous y allons trop vite c'est l'échec assuré en haute altitude et l'assurance de faire un œdème pulmonaire ou cérébral, aux conséquences peu recommandables et parfois létales.

 

Notre camp2, bivouac pour deux nuits. Aride place au grès des vents notre tente pliera sous le vent le 3eme jours.

 

 

Le 9 Décembre, la journée continue sous ce soleil aux radiations toujours aussi fortes, Robin n’est pas au mieux de sa forme. La nuit du 9 au 10 Décembre sera difficile pour Rob.

 

Rob éprouve du mal à cause de l'altitude. l'Altitude du sommet cerro Mirrador.

 

 Cerro Mirador solo 5556 Summit! Sommet  de trekking au point de vue exceptionnel.

 

Et le 10 au matin, Robin ressent une douleur très forte dans les sinus. La douleur est insoutenable, les médicaments sont inefficaces. Malgré le beau temps, le vent d'ouest s'est renforcé et plie notre tente d'assaut en deux. Nous devons rester encore au moins une nuit pour une bonne acclimatation, mais Robin ne se sent pas de rester un jour de plus. Nous prenons donc la décision de descendre au camp de Base.

A ce moment-là, l'expédition prend un mauvais tournant, et pour moi, le projet s'effondre, tous ces mois de préparation, tout cet investissement, mes rêves, nos rêves s'envolent. Rob soulève l'éventualité d'aller faire la voie normale. Chose inimaginable pour moi, il m’est impossible de suivre le flux de randonneurs sur la voie normale.

 

Après moult réflexions, une idée germe dans mon esprit : répéter la voie Française en solo. Mais ai-je seulement le courage de m'engager dans cette voie seul ? Quelques français l'ont déjà parcouru en solo tels que Ivano Ghirardini, Fred Valet, Bruno Sourzac, Yannick Graziani, Hugues Beauzille... Des pointures de l'alpinisme français. Il est sûr que le niveau technique de la voie ne posera pas trop de problème. Mais suis-je assez courageux? Ai-je assez de feeling pour m'engager dans cette voie? Et l'altitude? Est-ce que mon corps va bien réagir à la haute altitude? Une réflexion raisonnable émerge, il me faudra dans tous les cas 3 jours de repos. Si Robin se porte mieux au bout de ces 3 jours, nous tenterons la voie ensemble.

Le sac, je le fais et refais plusieurs fois, à chaque fois il est trop lourd. Cinq jours d'autonomie complète, ça représente beaucoup de matériel, de nourriture, et le poids du sac s’en ressent. Tout au long de ces trois jours, il fait toujours aussi chaud au camp de base et la face évolue vite à cause de la chaleur. Depuis notre arrivée au camp de base, les avalanches de séracs semblaient acceptables, mais cette chaleur accentue et intensifie les avalanches qui prennent de plus en plus de volume jusqu’à la veille de l'ascension.

Le soir, veille du départ, un monstre de glace s'effondre, balayant la moitié de la face et recouvrant l'éperon des Français d'un épais nuage puis finissant sa course en saupoudrant sur 100 mètres de dénivelé le Cerro Mirador ! Ce soir-là, nous décidons d’avancer notre réveil d’une heure par rapport à l'heure prévue. L’angoisse, l’excitation, je ne dors pas de la nuit. C’est comme si nous voulions expédier la chose le plus rapidement possible. Ne plus attendre… Attendre, c'est réfléchir, ressasser les avalanches, faire durer la peur plus longtemps. Il faut y aller, c’est le moment.

 

 Notre camp de base, confortable hotel Argentin, eau potable mais terreuse à 50mètres. Chambre double avec duvet -25degré, alimentation digne des meilleurs restaurants Argentin, electricité solaire, sono,  téléphone,.. un seul bemol. Il n'y a pas de douche. Il faudra composer avec la peux teinté de rouge 15 jours durant. Nous sommes donc des peaux rouges. 

 

          

 

 

 

Détendu la veille de notre départ pour la Face Sud.

 

 

 

Le jeudi 13 Décembre 2012, il est 2h30 lorsque le réveil sonne, je n'ai pas dormi de la nuit. Robin pas beaucoup non plus. C'est le moment "J". Dans quelques heures, nous seront à pied d'œuvre. L'excitation, la motivation est à son comble, même si l’énorme chute de séracs de la veille nous rappelle que nous sommes juste de passage sur cette planète, et qu'à tout moment, le jeu de la vie peut s'arrêter.

Le plaisir de grimper cette magnifique montagne, qui nous fait rêver depuis des mois, je suis persuadé que cette ascension va être une aventure unique et extraordinaire pour nous deux,  qu’elle fera partie de nos expériences de la vie que l'on oubliera jamais. Je te l'assure Rob!

Nous nous habillons, minutieusement, méticuleusement, chaque vêtement à sa caractéristique, c’est un savant équilibre entre chaleur et froid. Il ne faut pas être mouillé par la sueur est notre leitmotiv, aucun vêtement ne doit non plus être dans le sac. Nous ne devons pas porter de surpoids. Dans le fond de sac, nous avons seulement une doudoune, un duvet extralight et des gants de rechange.

Le tracé de la voie française que nous avons emprunté ainsi que nos emplacements de bivouac. Le 1er jour nous avons fait 1700m de dénivelé, les jours suivants nous progresserons seulement de 500m par jours. 

 

Sur le chaotique glacier Horcones, l'approche est morbide, l'avalanche a déposé une fine pellicule de neige. Il n'a pas neigé durant la nuit, l'aérosol a tout recouvert, nous faisons un large détour pour être au plus loin des dépôts d'avalanche, en espérant être en sécurité. Je me rassure tant bien que mal, en pensant que si les rochers "table glaciaire" n'ont pas bougé de leur chandelle de glace, le souffle n'a pas dû être si fort. Je n'ose pas imaginer ce qui se serait passé si l'aérosol nous avait touchés ? Aurions-nous été projetés tel des pantins? Le souvenir d'un aérosol engendrant une sur pression, qui avait claqué mes tympans, me glace. Le son des avions en montagne aussi.

 

A l'équipement au pied de la voie. Les  1ere goulote de la variante Argentine.

 

        

 

 

Il 5h 16 lorsque nous arrivons au pied de la première cascade de glace à gravir. A l'abri au pied du gros éperon central de la voie  des français, le temps s'arrête, notre kairos est parfait. Avec Robin, nous sommes d'accord sur la stratégie à adopter : faire le maximum de corde tendu dans le bas de l'itinéraire, afin d’être rapidement à l'abri des avalanches. En effet le bas de la voie française est exposé aux avalanches. Ce jour-là, je commence pour grimper le bas de la voie. C’est parti, et ce, « non stop » dans les cascades du bas, dans la nuit argentine, des coups de points, de coudes, de genoux pour casser les pénitents qui gênent notre évolution, ceux-ci peuvent mesurer jusque 1,50 mètres. Dans le bas, nous choisissons de prendre la variante argentine pour être protégés, au plus près de l'éperon des français. Le rocher est exécrable. Nous passons à côté de deux sacs à dos, ceux-ci se situent 30 mètres à notre droite. Mais qui a bien pu partir d'ici en y laissant son sac?

 

 

 

Lorsque, là-haut sur la montagne, la grimpe prend forme, le projet imaginé il y a quelques mois prend son sens : la seule et unique chose qui importe est de grimper, se hisser vers le sommet, l'esprit se vide. La vie, l'utilité sociale reste en bas, nous n'apportons plus rien à la société. Nous sommes deux individus minuscules sur les 2500 m de la face sud de l'Aconcagua, perdus à des kilomètres de la vie humaine et de son confort. En expédition, hormis ses compagnons de cordée, le grimpeur n’est pas confronté aux autres, il vit en marge de la société. C'est pour cela que les retours d'expédition sont toujours difficiles… Le retour à la réalité, se réintégrer à la société. L'alpiniste est perché, en perte de repères, il faut se retourner dans le monde de ceux qui ne sont pas partis.

 Robin progressant à la lueur de sa frontale dans les immenses Pénitents de 1m50 de haut !

 

 

Progression délicate sur le Rocher "mille feuille" de la variante Argentine .

 

 

Observez en arrière plan derrière Robin, l'étendu de l'avalanche de la veille de notre ascension, le blanc que l'on observe sur le versant opposé est le nuage de neige déposé par l'aérosol de l'avalanche.

 

 

 

Robin dans les couloirs sous les great Towers

 

 

En action, vers les fabuleuses tours

 

 

Robin devient le leader de la cordée pour les great towers et les mythiques longueurs en cheminée. Les cordes fixes des grosses expéditions gâchent la beauté de l'itinéraire. Nous nous appliquons à tout grimper en style alpin. Cependant dans certaines dalles faciles, compactes et improtégeables ou le rocher s'effrite trop, il m'est arrivé, sur quelques mètres, de la garder en mains. Alala l'éthique où l'ai-je mise mon éthique? Je suis un blaireau de première! Que les maitres des lieux me pardonnent ce dérapage. Dans ces fameuses "tower" le rocher devient même bon par endroit, nous tirons 5 longueurs  avec des difficultés jusque 5+, la grimpe devient même belle dans les cheminées.

 

Robin grimpant les greats towers

 

 

Des passages en cheminés, digne des escalades traditionnel de nos ainées.

 

 

Robin en action

 

 

Du 5+ en rocher médiocre, mais plutot bon pour le rocher rencontrer dans la voie.

 

Encore et toujours des Pénitents rendent notre progression très fatiguante.

 

 

 

 

 

Après les greats tower, je reparspour venir buter sous le second ressaut. Nous sommes un peu dans la zone de tous les dangers ici, sous d'énormes séracs menaçants. Complètement a côté de mes baskets à cause de l'altitude, de la fatigue après quelques heures à brasser dans une neige pourrie des pénitents et parfois gros sel,, je laisse la main à mon ami Robin qui finit cette première journée en beauté.

 

 

Je lui annonce que je ne peux plus grimper en tête, mais qu'en second je peux passer partout, et que je préfère lui laisser la main. Il est plus lucide que moi pour assurer ces dernières longueurs de goulotte en tête.

 

 

 

À 21h30, nous montons notre tente sur une vire de glace dans le sérac, à l'abri, à 6000m. Le repos est bien mérité après 1700 m de face avalés dans la journée. Ce jour-là, sans nous en rendre compte, nous avons beaucoup avancé, trop avancé et nous avons pris de l'altitude trop vite, erreur que nous avons payée les jours suivant.

 

Arrivée à notre premier Bivouac dans le sérac, emplacement à l'abri sous se surplomb de glace, à cette place là il n'y a pas de tranches de glaces nous exposant à une avalanche . Nous somme même à l'abri de ce qui pourrai arriver du haut de la montagne.

 

 

Nous nous endormons, réconfortés, nous sachant à l'abri des avalanches qui continuent de balayer la face sud le soir. Une pensé au regretté Slavko Sveticic, ce mythique alpiniste slovène, qui a tracé deux itinéraires dans cette face en 1988, une variante de la voie francaise nommée "rulette russe" remontant des goulottes sous le 1er serac et "Sonena Linija". Un dernier SMS de Julien Desecures nous annonçant la météo du lendemain, et message vhf aux park rangers "everything is ok" .Ce soir, le sommeil est facile à trouver, la fatigue du jour nous emportant avec elle dans un profond sommeil.

 

Le 14 décembre 2012, il est 9h lorsque nous quittons le camp 1. Le passage de sortie dans le sérac est très facile, nous n'avons pas à gravir ce fameux mur de glace dont le topo parle. Je trace cette superbe "step" plateau glaciaire de la face sud. La neige est horrible à tracer : à la fois pénitents et gros sel, à la teinte jaunâtre du sable transporté par les tempêtes de vent. L'altitude se fait bien sentir, le cœur bas fort, chaque battement résonne dans la tête, Nous avançons de quelques pas, mais bien vite, il faut s'arrêter quelques minutes pour reprendre souffle et énergie. Nous traçons cette pente allant vers la variante Messener, de la neige, jusqu'aux genoux. Le soleil nous brule, aucun élément extérieur ne vient nous perturber. Nous trainons nos corps doucement au rythme de 500 mètres de dénivelé par jour. Robin ressent durement l'altitude ce jour-là. Dans la variante Messener, nous remontons des pentes de neige raides à la qualité exécrable avec quelques passages goulottés. Nous restons au plus près du rocher pour ne pas être exposés aux avalanches de neige cette fois-ci. Le temps se couvre, le vent venant de l'ouest fait défiler les nuages à vive allure sur le sommet de la montagne, le ciel est voilé, puis quelques flocons tombent, sans incidence sur notre progression. Robin suit au radar,  fatigué.

 

Sur la seconde "step" de la face Sud de l'Aconcagua

 

My friend Rob, ami du soleil, parmi les pénitents.

 

A l'entrée de la variante Messener

 

 

 

Robin dans le bas de la variante Messner.

Nous entrons à nouveau dans une zone "rouge" (dangereuse). Tous les répétiteurs nous ont avertis que cette "exit" (sortie) logique nommée "variante Messener" dans la face sud est dangereuse. C'est en effet un énorme entonnoir, réceptacle de tous les dépôts de neige ventée, précipitations, séracs et corniches en tout genre. Je fais mon relais sous un petit éperon de quelques mètres. À ma gauche, à 15 mètres, un amas de couleurs attire mon regard : quelques chose semblable à du matériel est entreposé près d'une corde fixe. Je regarde avec plus d’attention : des filaments blonds virevoltent et jouent dans le vent, un casque jaune petzl élios. Je m'aperçois que ce sont des cheveux. Cinq mètres plus haut, un second amas est là. Ce sont en fait deux corps d'alpinistes pris entre rocher et glace, gisant à 6500mètres depuis quelques années. Paix à leur âme.... Nous continuons notre route le long des rochers à l'abri. Sur notre gauche deux coulées partent balayant les deux propriétaires du lieu et notre précédent relais. Il est temps de trouver un emplacement de bivouac, à l'abri. Au-dessus de moi, j’aperçois un éperon : est-ce que cela sera assez pour poser la tente? En grattant la neige 2 heures durant, nous n'arrivons qu’à faire une marche où ce soir-là nous posons nos fesses les pieds dans le vide. Un magnifique strapontin "made in heaven" d'où nous dominons de 2000 m les vallées d'argentine. Accrochés à la paroi, nos fesses posées sur une vire de 40 cm de large, collés l'un à l'autre pour plus de chaleur nous nous endormons. Keep memories le bivouac que nous avions passé un hiver au Pic Sans Nom.

 

Second bivouac assis sur  notre vire taillé.

 

 

Le 15 decembre 2012, un nouveau jour se lève sur l'Aconcagua. Nous attendons que le soleil nous réchauffe les corps pour sortir de nos duvets. Nous avons devant nous une grosse  journée à tracer des pentes raides chargées en neige et cela jusqu’aux cuisses. C'est vrai, ils avaient tous raison nos prédecesseurs. Ces pentes ne font pas rire et agonisant à cause de l'altitude, tout devient plus dur. Parfois, j'ai l'impression d'entendre Robin me parler, alors qu’en fait il suit derrière. Avancer, souffler, avancer, nous payons cher notre courte acclimatation là, dans cet amphithéâtre. Sur la crête sommitale, le vent d'ouest fait défiler les nuages à vive allure, la neige vole, progressivement le lenticulaire se pose sur le sommet. L'arrivé au col entre le sommet sud et le sommet nord laisse sortir quelques émotions. Nous sommes épuisés. Rob n'est vraiment pas au mieux de sa forme et souhaite redescendre directement . En bon têtu, je le persuade de continuer. Le mauvais temps nous surprend. Nous arrivons à 18h45 au sommet de cette montagne malgré le mauvais temps qui rugit – 6962m.

 

Réveil lors de notre second Bivouac

 

 

6500 mètres. L'altitude à cette latitude du globe est plus violente plus aggressive, certains disent que c'est aussi dure que de gravir un 8000 mètres de l himalaya. Je ne me permettrai pas de dire cela. Mais nous souffrons du manque d'oxygène, nous avancons lentement, quelques pas, les pulsations cardiaque résonne dans nos têtes. Nous nous arrêtons, reprenons notre souffle pour  à nouveau faire quelques pas et nous arrêter...

 

 

 

Grimpe sous le serac du haut de la Face. L'altitude nous rendent ivre.

 

 

De la neige profonde à la concistance étrange, bienvenue dans la variante Messener royaume de la neige à "avalanche". Notez ce ciel bleu Magique d'une limpidité incroyable. Propre aux hautes altitudes.

 

 

Rob aux frontières du dernier Sérac à 300 mètres de la crète

 

 

 

Beaucoup d'émotions nous transportent… Votre narrateur est surpris par l’envie de pleurer qui l’envahit. Derrière nous, la face sud, le plus haut sommet des Amériques par une voie superbe mythique, et engagée.

Après quelques instants passés au sommet, il faut penser à redescendre. Trois heures plus tard, nous atteignons Plaza de Mulas. Puis, c’est le retour. Le retour vers la civilisation, retour vers la France, vers nos amis, nos familles qui nous attendent…

 

La descente vers Plaza de Mulas, d'immenses pierrier à perte de vue.

 

 

Plaza de Mulas, Nos mains usés aprè l'expédition, semblable à des knackis

 

   

 

Le 16, nous relions Plaza de mulas, Confluencia, puis Plaza Francia. Les argentins nous accueillent chaleureusement et fêtent avec nous ce sommet, à coup de bières. C'est le cœur léger et légèrement ivre que nous remontons vers notre camp de base.

 

Derniers regards sur Cerro Pyramidal et l'Aconcagua. Sa dangereuse Face sud nous ayant laissé la parcourir quelques heures durant.

 

 

Les torrents coulent ici le rougeatre de la terre des andes.

 

 

Pampa Argentine pour nos retours à la civilisation, du Tango pour alpinsite.

 

 

Nous remontons à notre Camp de Base, Plaza Francia. Aconcagua, Montagne des Français en terre Argentine? Face sud pratiqué par les français et les Slovènes....

 

 

 

 

Heureux grimpeurs !

 

Le 17, les mules sont là pour porter notre matériel, nous sortons du Parc. À los Penitentes, Gabi l'argentin de inka nous saoule à coup de bières et de fernet cola il nous remet un petit styx à fumer pour la route. Nous filons pour Mendoza le soir même.

2 jours plus tard, Robin décolle pour la France et rejoindre sa famille pour Noël. Je file sur ma route direction Pichilemu, une petite ville côtière du chili pour surfer la mythique vague "de gros surf" la Punta de Lobos 25 jours durant.

 

Ce voyage fut une expérience unique, le rêve d’une vie. Je garde précieusement en mémoire les moments d’exception partagés avec mon compagnon de cordée, les rencontres faites en chemin, les galères qui ajoutent du piment à cette expédition, et j’espère que ce texte, trace écrite de cette aventure, vous aura permis de vivre cette expédition avec nous, et qui sait, vous aura donné l’envie de prendre votre destin en main et de réaliser vos rêves les plus fous !

  Les deux gadgos de retour vers mendoza avec non sans odeurs.

 

 

Merci à vous tous pour votre soutien. Merci à mon ami Robin Revest, la FFME, Christophe Moulin, Beal, Garmin, Ak emballage, Demetz, Scott, Julbo, Blue Ice. Ma famille, tous mes amis, qui me soutiennent, clients, collègues, copains de grimpe, et tous ceux qui suivent nos aventures.

 

 

Allé ! Une dernière tof pour clotuerer ces quelques lignes retraçant notre ascension...

 

 

 

 à  vous les tofs ! >>>> Le Diaporama ICI 

 

 

 

Le Film ICI : 

 

 

Commentaires

I remember everything, from the day you both showed up at 9pm asking for a Coca Cola!! -Where you come down from?? "-South Face and summit" you said. Anybody could imagine our faces! not just surprised but amazed. Quite an achievement you made there, and we were happy to be a little part of it. For me personally a BIG inspiration

Vraiment super récit Hélias. J'ai beaucoup aimé. A la prochaine

belle aventure Il est solide le bougre Amicalement, Bruno

C'est Guillaume Meynet qui m'a passé ce lien. Très beau récit, très belles photos... Lorsqu'on sait qu'on ne pourra jamais se rendre dans des endroits pareils, il est bon de rêver, de se laisser bercer par l'aventure. Ce que vous avez fait, vous l'avez fait pour vous, bien sûr mais aussi pour tous les petits rêveurs de mon espèce. Merci encore

J'ai été curieuse... Et je ne regrette pas car ça fait rêver... Bravo et merci pour cette évasion!!! A une prochaine, Cécile

Super topo! Je vais en rêver cette nuit à coup sûr! Moi vu mon peu d'expérience (disons aucune), je compte faire la partie facile de l'Ojos del Salado au Chili (on peut y accéder en voiture jusqu'à 5300m voir plus en cas d'absence de neige!)

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